Les limites de l’intervention du e-médiateur ou comment préserver sa neutralité ? 2è partie

Comment préserver sa neutralité : pistes de solution

Dans la première partie de ce billet, j’ai constaté que l’engagement de neutralité du e-médiateur a une existence difficile. Dans cette dernière moitié, je m’ intéresse aux pistes de solution possibles pour permettre au e-médiateur de préserver sa neutralité.

  • Maturité technologique

Tout d’abord, dès le début des rencontres préliminaires virtuelles, le e-médiateur devrait porter une attention particulière à la « maturité technologique » des parties impliquées dans la médiation. En fait, il s’agit pour lui de s’assurer, d’une part, que les parties pourront participer activement au processus via la plateforme automatisée et d’autre part, qu’elles sont en état (physique et mental) de se consacrer à ces échanges. De ce fait, le e-médiateur pourra juger du degré d’autonomie dont les parties pourront faire preuve et limiter ses interventions sur les relations et se concentrer sur sa présence quant au processus à part entière.

Ensuite, lors de ses interventions le e-médiateur dispose d’un large éventail pour favoriser la communication tout en maîtrisant l’identité virtuelle qu’il donne de lui aux parties. C’est ainsi, qu’il peut reformuler, recadrer, récapituler ou encore garder le silence. Sa façon de poser des questions (ouvertes, fermées, orientées) peut aussi l’aider dans sa démarche.

  • Caucus

D’autre part, la e-médiation rend possible la tenue d’un caucus notamment pour sortir d’une impasse, pour canaliser les émotions ou bien encore pour redynamiser les parties ainsi que le processus. Ces rencontres se tiennent en accord avec l’autre partie et sont confidentielles à moins d’avis contraire de la partie qui est en caucus.

  • Apport extérieur

Par ailleurs, le e-médiateur pourrait avoir recours à des documents présentés en pièce jointe et signés par un expert pour agrémenter la lecture du conflit. Par conséquent, il ménage sa neutralité en déplaçant le fardeau de la partialité sur quelqu’un d’autre.

De ce fait, le e-médiateur fait en sorte qu’il ne soit pas la seule voix entendue pour rééquilibrer les forces en présence. Cette dilution des interventions permet au e-médiateur de préserver sa neutralité et d’asseoir la crédibilité du processus.

Enfin, si le e-médiateur juge que ses interventions sont trop intrusives, trop dirigistes et qu’il s’éloigne irrémédiablement de la neutralité, il peut toujours mettre un terme à la e-médiation. Bien qu’il s’agisse d’un ultime recours, le e-médiateur préserve ainsi son intégrité. Il est à noter qui si certaines situations se prêtent à la e-médiation, inversement des personnes ne sont pas faîtes pour ce mode de résolution des conflits. Dès lors, il leur reste la voie de la justice traditionnelle pour résoudre leur litige.

Voyons voir ce qu’en disent les universitaires

Néanmoins, la neutralité se colore et il me semble qu’au-delà, ce qui est primordial c’est l’équité du processus. A cet égard, la thèse de doctorat de Maria-Paz Beltran Avery, « Mediator neutrality and disputant perceptions of fairness in the community mediation setting » met en lumière cette finalité à travers une étude qui « seeks to understand the concept of mediator neutrality by operationally defining it, describing its enactment, and identifying its relationship to contextual variables (e.g., the extent to which facts are contested and liability is admitted) and outcomes (e.g., disputant perceptions of fairness) ». Il en ressort que la neutralité des médiateurs interrogés dans cette enquête a plus d’une fois été escamotée au profit d’une partisannerie clairement affichée. L’auteure recommande donc que la « neutrality should remain a criterion of mediator behavior in matters of substance but should be replaced by the criterion of equity of treatment in matters of process».

Pour conclure sur cette approche éthique de la neutralité du e-médiateur, il me semblait important de souligner la variété des outils dont dispose le praticien pour préserver sa neutralité tout au long du processus. La neutralité est un des nombreux aspects de son intervention, l’Institut de médiation et et d’arbitrage du Québec met à disposition ses codes de déontologie et d’éthique.

Laisser un commentaire

Twitter
Catégories